L’âge de la multitude. Entreprendre et gouverner après la révolution numérique.

Le bien public

Après une trêve estivale bien méritée, je reprends doucement le rythme et l’activité du blog avec un post consacré à ma lecture de la rentrée L’âge de la multitude. Entreprendre et gouverner après la révolution numérique. Cet ouvrage écrit par Nicolas Colin et Henri Verdi pose les bases de ce que devrait être une stratégie industrielle à l’ère du numérique. Cette stratégie vaut aussi bien pour des entités privées que pour des entités publiques même si les buts poursuivis sont foncièrement différents. Plus généralement, cet ouvrage donne un éclairage pour mieux comprendre les changements liés à l’économie numérique et s’y adapter.


Le livre est très dense et les thèmes abordés sont variés. C’est d’ailleurs une des grandes forces de l’ouvrage, il traite de façon synthétique les grandes problématiques que posent la transformation numérique même si du coup on peut être parfois frustré que les auteurs ne s’attardent pas sur certains points ni ne livrent leur perception de l’évolution du mouvement en cours.

Pour bien comprendre la révolution numérique, il faut d’abord bien avoir en tête quelques fondamentaux qui sont bien mis en avant dans l’ouvrage.

> Les entreprises du numérique s’appuient sur une forme de modernité en plaçant le partage au cœur de leur offre.

> Elles ont toutes réussit à décorreler ressources et production (= scalabilité).

> Elles captent la valeur créé par les utilisateurs.

Il faut également comprendre que la révolution numérique est liée à l’accélération du rythme des innovations elle-même permise par la baisse continue des coûts de la technologie, le processus de remise en question permanent des technologies et la démultiplication de désir de créer au sein de la société.

Une fois que l’on a compris cela, les entreprises et les institutions publiques doivent apprendre à vivre dans ce nouveau monde qui se dessine alors même qu’il remet profondément en cause leurs systèmes de valeurs.

Les entreprises doivent déceler les signaux faibles, changer de destination tout en valorisant ses acquis, répondre à l’imprévu. Surtout, elles doivent saisir qu’aujourd’hui c’est ce que les auteurs appellent la multitude, c’est-à-dire l’activité quotidienne de millions de personnes en dehors des entreprises, combinée à la prouesse technique devient un facteur de production essentiel. Mais attention pour capter la multitude il faut d’abord avoir gagné sa confiance et stimulé sa créativité en l’impliquant. Il faut aussi échanger avec elle et se placer dans une relation de « donnant-donnant ».Car l’économie numérique n’est pas une simple question de technologie, mais de transformation sociale.Les applications symbolisent bien cet état d’esprit puisqu’elles « constituent l’interface où la technologie, transformée en expérience, rencontre le marché. » Elles se basent sur l’itération et évoluent en permanence en fonction des attentes des utilisateurs.Toutefois s’il faut miser sur les applications, l’ouvrage s’attache à distinguer les applications des plateformes. Les applications sont conçues dans un but précis alors que les plateformes sont des ressources qui permettent le développement d’autres applications et en tirent profit. Pour les auteurs de l’ouvrage pour devenir un leader du numérique il faut donc devenir une plateforme, car seule une plateforme peut capter la valeur créée par la multitude à l’extérieur de son organisation.Les entreprises opérant sur des marchés matures peuvent organiser leur transformation numérique en devenant elles-mêmes des plateformes, en organisant la sur-traitance ou même en faisant de leur marque une plateforme. À défaut elles pourront toujours financer l’économie de la multitude via la création de fonds en capital-risque.

L’état doit lui aussi entreprendra sa mue pour conserver son rôle. Pour les auteurs l’éducation doit être au cœur de cette transformation. Elle doit apprendre à utiliser de façon réfléchie les outils de la révolution numérique et capter elle aussi la valeur produite par la multitude.Il faut que l’état se saisisse du numérique pour qu’il ne soit pas dévoué de son principe fondateur qui était d’offrir un espace de liberté et de communication sans égal. À ce niveau la neutralité du réseau internet est clé : il faut que le réseau transmette des donnés sans tenir compte de leurs contenus, de leur source ou de leur destination.Les pouvoirs publics ont également un rôle à jouer pour favoriser l’émergence d’un éco-système favorable. Pour cela il faut repenser le financement de l’innovation qui est aujourd’hui presque exclusivement orienté vers le financement de dépenses de R&D technologique et non pas d’innovations par le design ou l’expérience utilisateur. Les auteurs proposent de transformer le crédit impôt recherche en un système d’assurance pour couvrir le risque lié à l’innovation.En matière de régulation, les auteurs justifient l’intervention de la puissance publique pour empêcher l’émergence de position de monopole naturel qui serait néfaste à l’intérêt commun. La question de la fiscalité est elle aussi abordée avec la création d’un impôt sur la multitude. Enfin, l’enjeu pour l’état est également de devenir une plateforme pour faire face aux nombreux défis posés par la transformation numérique.

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